Le parcours sur le lien ci dessous :
Garmin Connect – Détails d’activité pour ECOTRAIL DE PARIS – 80km et 1500D+.
Lorsque je me réveille ce samedi 20 mars, il pleut pas mal mais je ne sais pas encore que c’est du petit lait par rapport a ce que je vais connaitre pendant la course.
9h, je prends ma voiture, direction la Tour Eiffel, ou je me gare comme l’année derniere juste a coté du stade Emile Antoine, où je récupérerais mes affaires. Chaque mètre compte après la course!
Le RER puis le bus nous amènent en 1h sur la zone de départ sur la base de Saint Quentin en Yvelines. Je dépose mes affaires qui seront rapatriées a Paris et file sous la tente Medics. J’ai été retenu, ainsi qu’une 10aine d’autres coureurs, par le service cardiologie de l’hopital Ambroise Paré a Boulogne Billancourt pour servir de cobaye sur une étude sur les conséquences des courses longue durée sur l’organisme. Pas peu fier le Mercier, limite j’aurai kiffé d’avoir un dossard spécial “Cobaye Humain”, bardé d’electrodes! Avant le départ, au 21eme, au 53eme et a l’arrivée, je vais etre pesé, on va me prendre ma tension et ma température (dans l’oreille s’il vous plait), me faire une échographie du coeur et d’autres test via des électrodes. Ca me fera chaud au coeur de voir le docteur bien sympa et sa charmante assistante avec sa polaire UTMB tout au long de ma course. Un peu moins de 5min de test par arret, non décomptés du tps final, m’en fous, je veux juste finir.
Thomas et Florence me rejoignent 30min avant le départ. Thomas est remonté a bloc, ts finisher STL et Brooks Cascada, il aurait du etre présent sur le Trail 50k mais une rupture des ligaments en a décidé autrement. Ils vont me suivre sur la course et en profiter pour se faire une bonne rando en tirant une trace directe de 16 bornes entre le 1er et le 2eme ravito (nous on va en faire 32).
DEPART – 21K :
12h30, juste après le breefing de rigueur, c’est parti pr 80K! Je retrouve Thierry (Le Boucanier), un UFO que j’avais croisé lors d’une sortie longue en foret verte a coté de Rouen. On fait les 5 premiers K ensemble, on parle de Wouter, jeune mathématicien Belge de 25 ans qui a gagné la premiere édition de l’Ecotrail et qui est inscrit à la Barkley cette année (fyi, cette course de 160 bornes se gagne avec une barriere éliminatoire de 3 kmh seulement, et seulement 8 personnes l’ont terminé depuis la premiere édition en 1986 tellement le parcours est n’importe quoi). On parle aussi des épreuves de 24h, Thierry en a deja fait, pour ma part je suis pas prêt de tourner en rond, je préfére voir du pays!
On passe par St Quentin après une heure de course, ce qui marque le début de la foret qu’on ne quittera quasimment plus jusqu’au 72eme k.
Je discute un bout de chemin avec un finisher de la premiere edition, bonne foulée économe du fondeur, qui me donne sa recette du succès. Il court 20 min et marche 1 min (en dehors des montées qui se font en marchant).
J’arrive au premier ravito (21k) en 2h20 (2h25 estimé) ou je retrouve Thomas et Flo, et bien sur l’équipe médicale. Tout le monde est un peu arrivé en meme temps et du coup il y a un peu d’attente pr l’écho.
21K – 53K :
Ca y est, on rentre dans la partie la plus dure du parcours, autonomie totale sur plus de 30 bornes avec facilement 70 à 80% du dénivellé total de la course sur cette portion, j’avais beaucoup souffert ici l’an dernier et j’avais rendu ma puce avec plaisir au 2eme ravito.
Aujourd’hui ca passe bien, sans comparaison avec l’an dernier, mais je commets ma premiere erreur. Un traileur me fait remarquer que mon sac a dos goutte, on est au 28eme approx. j’ai mal refermé ma poche a eau, et je perds donc un peu de flotte là ou je devrais économiser! Je plie bien le haut de la poche a et me voila reparti. Il fait toujours beau mais un peu plus frais, tout va bien!
Je retrouve les endroits ou je m’étais arreté l’an dernier pour reprendre mes esprits, et le fait de les passer en courant me fait super plaisir. On est maintenant au 32eme et les premiers pingouins (ceux qui marchent avec les jambes raides) apparaissent sur le chemin. Apparemment le fameux mur du 30eme existe aussi sur trail. 36eme kil, on s’arrete avec une fille pour venir en aide a un type qui tombe littéralement en pleine montée. Il ne perd pas connaissance mais c’est pas loin, il est livide. La fille lui donne a boire et a manger, puis position PLS, pendant qu’une autre personne appelle les secours. Je repars, ca va mieux pr lui et 2 personnes vont rester auprès de lui en attendant les secours.
37eme k, non je ne rêve pas, j’ai beau tirer sur l’embout de ma poche a eau, plus rien ne vient. Merde… plus d’eau et il me reste 16 bornes a faire, ca va être extremement tendu cette affaire… Je decide donc de ralentir un peu et de taper dans mes réserves alimentaires pour compenser. Vers le 39eme je passe devant l’endroit ou j’avais eu Sophie au tel l’année dernière, au bord des larmes, pour lui annoncer que j’abandonnais. Rewind & erase donc, je m’arrete pour appeler ma femme et manger un morceau. “Hello, tout va bien! (j’ai juste plus d’eau, mais sinon tout va bien)”. Me voila reparti, ca monte, ca descend, je commence a avoir des papillons dans la tête, heureusement un coureur bien sympa m’offre un peu de sa boisson survitaminée et ca me redonne un peu de jus… Un peu plus loin je croise 2 joggeuses qui me demandent combien de kilomètres on a fait. Elles hallucinent quand je dis 40, et encore plus quand je leur dit qu’on est donc a mi-chemin ;o)
Nouveauté du parcours 2010, nous passons par la terrasse de l’observatoire de Meudon, d’ou on a une superbe vue sur Paris et de la Tour Eiffel, a peine a 10 bornes a vol d’oiseau alors qu’il nous en reste 35 a parcourir. Je rattrape mon fondeur de la premiere edition qui visiblement fatigue. On ne montre pas facilement son jeu dans ce type de course, alors quand il me sort ”putain c’est dur”, je comprend qu’il est dans le rouge. J’espere qu’il a bien fini…
Non ce n’est pas un mirage, plutot un miracle, juste avant de sortir du Parc, un robinet ! Je remplis ma poche et je repars l’esprit plus léger, mais les jambes commencent a se faire sentir. On passe un point de controle au 46eme kilometre, et un peu plus loin une bénévole nous demande de sortir frontales et brassard réfléchissant, la nuit va bientot tomber. J’échange quelques SMS avec Thomas qui est au 2eme ravito et à qui je demande si ce dernier se trouve au 50eme ou 53eme k. Nouveau parcours et détour oblige, le 2eme ravito est maintenant au 53eme, grrr… 3 bornes en plus a faire (mais comme dit Thomas se sera toujours 3 en moins à faire quand j’y serais, logique implacable ;o)
Juste après je crois on se prend notre premiere grosse averse de la soirée, 15min de bon vieux déluge. La nuit est tombée et il ne pleut plus quand Thomas me rejoint dans la montée avant le 2eme ravito, on discute un peu, je suis content de le voir et surtout d’arriver a ce 2eme ravito où j’avais abandonné l’an dernier. Je suis en forme, pas mécontent d’etre arrivé, pause photo devant la borne 53k et zou dans la tente médicale pour la 2eme série de tests. Pause inclue, j’ai 35min de retard sur le temps estimé.
53K – 63K :
Je branche mon ipod et repars dans la nuit. La musique me reboost et j’attaque en forme la portion de nuit. Blam! Un morceau d’Apparat (“Useless Information” sur Walls) me donne la chair de poule et j’essuie mes premieres larmes (de joie, je vous rassure). La fatigue me rend hypersensible et la plénitude du moment me fait chialer. C’est con, mais je m’estime vraiment privilégié de pouvoir vivre ces moments ou l’équilibre est parfait. Le 2eme moment émotion ne tardera pas lorsque je recois un sms de ma femme et ma fille. Ca fait du bien de chialer un peu, ca permet de relacher la pression. Nouvelle mega averse, je suis trempé jusqu’aux os et je ne vois plus rien avec mes lunettes embuées. On remonte litéralement des ruisseaux de boue et de flotte et avec un petit groupe on se perd quelques instants, ne voyant plus de balises devant nous. La raison, le virage était dans une forte descente, et on était tellement occupés a regarder nos pieds pour ne pas se rétamer que personne n’a vu la balise. Il pleut de plus en plus fort, je me surprend presque a espèrer qu’un type de l’organisation surgisse et arrete la course.
Ca continue de monter et descendre, d’ailleurs tout le monde a compris depuis longtemps maintenant que quand on descend, c’est pour mieux monter après ;o) J’ai un coup de moins bien mais je suis avec 2 autres coureurs et on rigole devant le comique de notre situation : 3 lascars en pleine nuit sous des trombes d’eau en foret alors que la France entiere est bien installée les fesses au chaud sur un canapé! Mais pour l’heure, on est tous dans la meme boue, grands, petits, hommes femmes riches pauvres et il reste un peu moins de 20 bornes avant l’arrivée. Me voila au 3eme ravito juste avant 22h0, j’ai maintenant 40min de retard sur mon estim…
63K – 70K :
… mais on s’en fout, la nouvelle priorité du moment c’est de ne pas se laisser arreter par la barriere horaire. Je me pose sur une chaise pour manger un morceau, j’ai les yeux qui croisent = grosse envie de dormir. Sous la flotte, pressés dans la tente du ravito, un bénévole nous annonce “Barriere horaire dans 30 minutes” puis “Barriere horaire du ravito 70k dans 1h30″, soit 1h pour faire 7 bornes et ensuite espèrer voir les marches de la Tour Eiffel avant que la BH ne se referme sur nous. Ca gueule un peu sous la tente et un type a coté de moi dit au bénévole qu’on ne pourra jamais faire 7k en 1h dans des conditions pareilles, là où on a mis presque 2h pour parcourir les 10k précédents. Je préfére repartir sans trop tarder, et je sais pour avoir fait cette partie du parcours a l’entraimenent que le profil est plutot “plat”. Du bon son dans les oreilles, j’arrive au dernier ravito juste avant 23h.
70K – 80K :
La vue est splendide depuis cette terrasse du parc de Saint Cloud, on voit la dame de fer troner devant tous, a seulement 10 petits kilometres de là. J’ai toujours 30 bonnes minutes d’avance sur la BH.
La derniere partie va s’annoncer plus dure que prévue, on perd un peu de temps a trouver l’accès aux quais et pour finir on se prend une énorme derniere saucée. On cours litérallement dans l’eau, de toute facon ca fait juste 3h30 qu’on est trempé…
Après avoir gagné des places au classement tout au long de la course, je vais en perdre pas mal sur ces derniers kilometres. Je sais que je vais finir, alors 10min de plus ou de moins, peu importe. En guise de repère visuel, je compte le nombre de ponts qui me sépare de l’arrivée, quand j’aurais Bir-Hakeim en vue, ce sera gagné. Il s’arrete de pleuvoir peu avant mon arrivée. Je vois enfin le pont de Bir Hakeim, j’annonce a Thomas que je serais au pont dans 3min et au pied de la Tour Eiffel dans 5-6 min. Il est super joisse apparemment, presque plus que moi, j’ai plus trop la force de montrer quoique ce soit ;o) On se retrouve au bout du quai juste avant la montée vers la Tour Eiffel, je suis vanné! Avant d’attaquer la derniere montée au 1er étage qui marque l’arrivée, on nous fait passer par le podium situé dans la tente ou tout le monde participants comme accompagnants, est attablé. Marrant comme passage, ca redonne des ailes.
Me voila maintenant au pied de la tour, j’attaque les marches 2 par deux mais pas pour longtemps. Me demandez pas combien il y en a, je n’ai pas compté ;o) Arrivée en 12h15min et 24sec.
Redescente, en ascenseur cette fois, direction ma derniere echographie puis la douche, où je découvre une belle poche de sang a la place de mon talon gauche. Je pense qu’il va falloir que je consulte un dermato ;o) Les kinés ne sont plus là, pas de massage pr moi ce soir!














Ouaip, ben vue de l’extérieur cette course était plus qu’impressionante, avec une fin hard core de chez hard core. Quelle temps… Heureusement que tu racontes que tu as souffert dans ton CR, parceque vues le conditions, je me demandais comment tu faisais pour afficher une banane permanente. C’est ce qui m’a la plus bluffé avec le mec qui est arrivé en vélib sur les chemins de vtt au ravito de Chaville.Citation lunaire: ”j’ai déclaré forfait sur la course à cause d’un lumbago, alors j’ai pris un velib pour venir voir les coureurs”. Total UFO
En tout cas envore bravo pour ta course, tu as des jambes en titane et un mental en téflon. C’est clair, ton CR fait envie, et je compte bien prendre le départ de ces 80 kil avec toi en 2011. Juste tu risques d’être déçu, je sens déjà qu’il fera beau!